Jean-Pierre Quémard (Gixel) : « l'électronique n'est pas réservée à l'Asie »

Y-a-t-il une fatalité à voir disparaître la production électronique en France ?
Jean-Pierre Quémard : Il n'y a aucune fatalité dans ce domaine pour peu que l'on se donne les moyens. Produire de l'électronique en France c'est non seulement possible, mais indispensable. La production électronique actuelle n'a toutefois plus rien à voir avec ce qu'elle était il y a trente ans. Les grands donneurs d'ordre sous-traitent de plus en plus, les fabricants de sous-systèmes réalisent des sous-ensembles de plus en plus complexes et les bureaux d'études indépendants se multiplient et sont de plus en plus impliqués dans la conception et le développement de nouvelles technologies. Mais, ce modèle sans usine « fabless » est proche d'atteindre ses limites. Les gros sous-traitants font la course au taux horaire, on ne maîtrise plus rien et cela commence à devenir gênant, car de plus en plus imprévisible. Par ailleurs, même si les télécoms, le militaire et le grand public ne sont plus les moteurs de développement électronique que l'on a connus, il y a d'autres secteurs qui sont prêts à prendre le relais. Des secteurs en pleine croissance comme le développement durable, la sécurité, la santé. Pour finir sur ce sujet, je dirai qu'il y a de la place pour l'innovation non seulement dans les produits mais aussi dans les procédés de fabrication, les technologies, la maintenance, le support client… On ne peut pas déconnecter la R&D et la production. Il y a un risque à concentrer les technologies clés entre quelques mains. A cet égard, l'exemple des semiconducteurs est frappant, les Américains rapatrient le développement des technologies les plus avancées sur leur territoire.
L'électronique a-t-elle un rôle à jouer dans la protection de l'environnement ?
Jean-Pierre Quémard : L'électronique est au cœur de l'amélioration de la qualité de la vie. Elle a un rôle à jouer dans la protection de l'environnement d'abord en polluant moins et en consommant elle-même moins d'énergie, ensuite en rendant possible la création de systèmes d'énergie limitant la production de gaz à effet de serre, comme l'éolien ou le photovoltaïque. Elle peut aussi être à l'origine d'applications plus sobres comme l'éclairage public à DEL par exemple.
Comment doit évoluer le Gixel pour s'adapter à la nouvelle donne industrielle ?
Jean-Pierre Quémard : Le Gixel est le syndicat de l'électronique. Il se doit donc de valoriser le métier et soutenir la profession. Pour cela il doit se remettre en mouvement notamment dans les trois thèmes importants pour l'électronique en France déjà indiqués plus haut : le développement durable, la sécurité, le bien-être et la santé. A cet effet, nous devons nous rapprocher des autres syndicats ; mieux communiquer sur nos compétences et nos savoir-faire et recruter de nouveaux adhérents.
Le regroupement du sommet de la microélectronique et des rencontres de Deauville est-il un premier pas vers la fusion du Gixel et du Sitelesc ?
Jean-Pierre Quémard : Actuellement à l'étude, le rapprochement du sommet de la microélectronique du Sitelesc et de nos rencontres de Deauville est une étape logique dans notre volonté de resserrer les liens avec les autres syndicats de la Fien et de la Fieec, qui souffre d'un morcellement de syndicats dont certains ont des zones de recouvrement importantes, alors que la profession est plutôt dans une période de consolidation. Dans ce cadre, le rapprochement avec le Sitelesc est le plus naturel. Le Sitelesc, c'est le chaînon manquant dans notre chaîne de valeurs. Mais la question se pose avec d'autres syndicats comme le SPDEI et le Snese, acteurs du même écosystème. Une fusion à terme avec le Sitelesc ? Rien n'est interdit si on pense que cela a du sens.
Comment entendez-vous faire rayonner et connaître la profession de l'électronique ?
Jean-Pierre Quémard : Il faut commencer par réhabiliter les métiers de l'électronique, mener des actions de sensibilisation y compris dans l'enseignement secondaire. Cela sera l'un des points importants du rapport que la Fieec doit remettre aux pouvoirs publics au mois de juin prochain.
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On le sait, les activités de R&D et la fabrication doivent s’enrichir mutuellement. C’est pourquoi les acteurs de la sous-traitance ont intérêt à cultiver ces deux domaines. Mais pour y parvenir,
la France se doit de conserver un tissu industriel afin de rester une terre d’innovation.




