Steve Landau (Philips LumiLeds) : « les DEL de puissance sont parfois trompeuses »

Vous avez récemment lancé un pavé dans la mare en affirmant que certaines DEL blanches annoncées pour fonctionner à 1 W n'étaient en fait pas capables de tenir une telle puissance. Pouvez-vous vous expliquer ?
Steve Landau : Dire qu'une DEL optimisée pour un courant direct de 350 mA peut aussi fonctionner sans problème à 1 000 mA est une information erronée, voire mensongère. Il est probable qu'elle fonctionnera à 1 000 mA mais à condition de prendre des précautions extrêmes, notamment au niveau de la gestion thermique, sans quoi, la durée de vie du composant n'aura plus rien à voir avec la valeur annoncée dans la fiche technique. Qui plus est, cet effort sur la gestion thermique rendrait la DEL incompatible avec l'application visée en termes de coût et d'encombrement.
Est-ce à dire qu'il faut prendre avec précaution ce qui est indiqué dans les fiches techniques des DEL ?
Steve Landau : Il faut parfois savoir lire entre les lignes et interpréter les données recueillies en fonction de sa propre application. En général, les fiches techniques donnent des performances à une température de fonctionnement de 25°C. Mais il faut savoir que les performances des DEL se dégradent si la température augmente. De même, les constructeurs indiquent une température de jonction maximale, par exemple 150°C. C'est théoriquement à partir de cette valeur qu'est déterminée la durée de vie de la DEL. Mais si l'on creuse un peu, on s'aperçoit que, parfois, la durée de vie est donnée pour une température de jonction de 80°C, par exemple.
Quelle est la DEL blanche idéale pour les applications d'éclairage ?
Steve Landau : Le must serait une DEL dotée d'une puce unique de 1 x 1 mm, pas plus, et capable de fournir un flux lumineux de 1 000 lumens avec un rendement de 150 lm/ W. Aujourd'hui, ce composant n'existe pas et il faudra encore patienter plusieurs années. Il serait possible de s'en approcher un peu plus en utilisant une puce DEL plus grande, de 2 x 2 mm par exemple. Cela aurait l'avantage de réduire la densité de courant. Mais le coût d'un tel composant serait prohibitif et l'optique associée trop encombrante.
Malgré d'indéniables progrès, la DEL blanche reste trop onéreuse.
Steve Landau : Ce qui compte, ce n'est pas tant le prix du composant mais le coût du lumen. Si vous utilisez deux composants identiques, achetés au même prix, mais l'un fonctionnant à 500 mA, l'autre à 1 000 mA, le coût du lumen sera différent pour les deux utilisations. En général, le coût du lumen des DEL blanches de puissance s'échelonne aujourd'hui d'un cent (0,01 $, Ndlr) à plusieurs cents, en volume. Pour les applications d'éclairage, il faudrait réduire ce coût d'au moins un ordre de grandeur pour concurrencer les technologies classiques. Mais il ne faut pas se limiter au coût à l'échelle du composant. Si l'on considère le coût applicatif, le déséquilibre est beaucoup moins marqué. Compte tenu de la durée de vie des DEL, leur maintenance est infiniment moins onéreuse.
L'industrie des DEL blanches n'a-t-elle pas aussi besoin de faire un effort de standardisation ?
Steve Landau : Pour que les DEL s'imposent dans l'éclairage, il est surtout capital que les mondes du semiconducteur et de l'éclairage s'entendent pour parler le même langage, notamment en ce qui concerne la spécification des performances des DEL. C'est un chantier déjà engagé actuellement. Par exemple, les fiches techniques des DEL indiquent des performances « typiques ». Mais cela ne veut pas dire grand-chose pour les acteurs de l'éclairage car, dès que l'on sort un temps soit peu de ces conditions idéales en termes de courant direct ou de température d'utilisation, le comportement des DEL peut changer fortement. De même, dans l'éclairage, on parle de temps moyen avant la panne – MTBF, Mean Time Before Failure – pas en ce qui concerne les DEL pour lesquelles on définit une durée de vie, comme le temps de fonctionnement au bout duquel le flux lumineux émis atteint 70 % du flux initial. Désormais, sous cette barre des 70 %, on parlera de panne pour les DEL quand il s'agira d'applications liées à l'éclairage.
ACCUEIL

On le sait, les activités de R&D et la fabrication doivent s’enrichir mutuellement. C’est pourquoi les acteurs de la sous-traitance ont intérêt à cultiver ces deux domaines. Mais pour y parvenir,
la France se doit de conserver un tissu industriel afin de rester une terre d’innovation.




