Yves Bourdon (Eurotech France) : « le seul intérêt du module processeur est économique »

En quelques semaines, les annonces de modules processeurs basés sur le circuit Atom d'Intel se sont multipliées. Eurotech a présenté fin février un tel produit, qui plus est, déjà opérationnel. Quels sont, à vos yeux, les avantages principaux de l'utilisation de ces modules ?
Yves Bourdon : l'avantage est essentiellement d'ordre économique. La technologie d'interconnexion du circuit imprimé sur lequel est reporté un processeur tel que l'Atom n'a strictement rien à voir avec celle de la carte porteuse. A titre d'exemple, le circuit imprimé du module processeur Catalyst d'Eurotech compte 14 couches, et la réalisation d'un tel produit nécessite une expertise poussée en matière de routage et une grande maîtrise des problèmes de compatibilité électromagnétique.
L'équipementier a donc tout intérêt à se décharger de cette complexité auprès d'un spécialiste des unités centrales et de confiner l'usage des technologies d'interconnexion les plus onéreuses sur la surface la plus faible possible. D'où l'avantage d'utiliser un module processeur ! Par ailleurs, ce choix dispense l'utilisateur de travailler sur des adaptations du Bios ou de l'OS aux spécificités de son design, notamment en termes de pilotes. Le fabricant de modules processeurs lui fournit en effet un BSP complet qu'il suffit simplement de booter pour que cela fonctionne.
En matière de modules processeurs, les standards ETX, COM Express, voire PC/104, font référence. Mais l'arrivée sur le marché de processeurs de taille très réduite et de faible consommation semble redistribuer les cartes et chaque fabricant, ou presque, y va de ses propres spécifications. Qu'en pensez-vous ?
Yves Bourdon : c'est proprement invraisemblable ! Mais cela correspond à un phénomène de fond que l'on rencontre dans tous les secteurs consommateurs de modules processeurs, notamment dans le domaine des transports qu'Eurotech connaît bien : les clients veulent des systèmes de plus en plus compacts. Si notre module Catalyst affiche des dimensions de 67 x 100 mm, c'est simplement pour qu'il puisse tenir sur une porteuse au format PC/104 de 90 x 96 mm ! Ceci dit, les standards en matière de cartes ont du bon car, d'une part, ils permettent de spécifier une norme d'inter-connexion afin que l'assemblage de deux éléments distincts fonctionne à coup sûr, et, d'autre part, ils offrent le choix du fournisseur. Mais il faut noter que les équipementiers se moquent en général éperdument de ce dernier point. Pour ma part, je n'ai jamais vu un produit dont la totalité des exemplaires ne reposerait pas sur un module processeur fourni par une seule et même société. Par ailleurs, la durée de vie des équipements étant désormais de l'ordre de cinq à six ans, même dans l'embarqué, il est très rare que l'on fasse évoluer le système pendant ce laps de temps, en changeant de module processeur par exemple. Habituellement, c'est l'ensemble du design qui est revu. Pour l'équipementier, il ne sert donc à rien d'anticiper…
A vous entendre parler, le module, qu'il soit processeur ou périphérique et qu'il soit compatible à un standard, apparaît comme une simple commodité…
Yves Bourdon : au risque de choquer, je n'hésite pas à dire que les fabricants de cartes qui ne font que cela sont des « has been »… Aujourd'hui, les équipementiers dans les domaines du transport, du médical, de l'industriel ne veulent plus concevoir eux-mêmes ce qu'il y a à l'intérieur de leurs systèmes. Elle est révolue, l'époque où pratiquement tout était fait en interne, à l'exception de certaines cartes qu'ils se procuraient auprès de sociétés tierces. En l'espace de cinq ou six ans, les appels d'offres ont évolué et portent désormais sur des fonctionnalités. A charge pour les fournisseurs de faire des propositions et de proposer des systèmes packagés. D'ailleurs l'équipementier ou l'intégrateur ne veut plus connaître à tout prix la structure interne du produit et se moque de savoir si tel ou tel standard est implanté. En tant que fournisseur de cartes mères, de modules processeurs et de cartes PC/104 à l'origine, nous avons ainsi vu notre métier évoluer vers la fonction de systémier. Eurotech France, par exemple, réalise 80 % de son chiffre d'affaires avec le calculateur en boîtier Stack104.
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