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René Penning de Vries (NXP Semiconductors) : « les composants écologiques ont de l'avenir »

Selon René Penning de Vries, CTO de NXP, l'industrie de la microélectronique a sérieusement pris le virage des circuits intégrés respectueux de l'environnement. Elle a réalisé que ce qui est bon pour la planète l'est aussi… pour les affaires.
Frédéric Rémond, ElectroniqueS, le 05/6/2008 à 0h00

On parle de plus en plus de « produits d'électronique grand public verts » et de « conception écologique » en microélectronique. Quelles économies d'énergie cela représente-t-il ?

René Penning de Vries : A première vue, bien peu de choses : les appareils électroniques grand public consomment environ 700 TWhr [terawatts/heure, Ndlr] à travers le monde, soit 0,6 % de la consommation énergétique globale, qui s'élève à quelque 124 400 TWhr, et à peine 4 % de la consommation d'électricité mondiale. Les seuls téléviseurs représentent un bon tiers de ces 700 TWhr, notamment à cause de leur consommation en veille. Cela peut donc sembler modeste de se concentrer sur l'électronique grand public… mais cette valeur équivaut tout de même à la production d'environ soixante-dix centrales électriques !

Les réglementations jouent-elles un rôle moteur en la matière ?

René Penning de Vries : Bien sûr, que ce soit pour imposer des normes strictes aux industriels ou pour éduquer le grand public. Mais on remarque que le secteur de la microélectronique se place souvent en avance de phase sur ces normes, y compris vis-à-vis des responsables politiques. Par exemple, NXP collabore avec des fabricants comme STMicroelectronics, Freescale et Infineon sur ces questions, tant il est vrai que nous faisons face à trois stades de « pollution » liés respectivement à la fabrication, à l'utilisation et à la fin de vie des composants.

Justement, quels sont les progrès enregistrés en vue d'une fabrication « écologique » de circuits intégrés ?

René Penning de Vries : Tout d'abord, nous avons considérablement diminué la quantité d'électricité nécessaire à la production d'un cm2 de circuit : chez NXP, cette réduction a été de 43 % depuis 2001, grâce à l'augmentation de la taille des tranches de silicium, à des équipements innovants et à de sérieux investissements en infrastructure et logistique dans nos usines. Autre exemple : les émissions de composés fluorés – PFC – par surface de silicium ont diminué d'environ 40 % depuis 2000 pour revenir aux niveaux de 1995, grâce à diverses optimisations et à l'utilisation d'autres agents chimiques non toxiques.

Quid des composants en fin de vie ?

René Penning de Vries : Aujourd'hui, la totalité des composants produits par NXP répondent à la norme « green » de l'Union européenne relative au plomb, au mercure et au cadmium. Des efforts restent à faire : pour l'heure, seuls 20 % de ces composants sont dits « dark green », ce qui correspond à la norme « green » à laquelle s'ajoutent des restrictions sur les composants halogènes et les oxydes d'antimoine. D'ici à la fin de l'année 2008, notre objectif est d'atteindre 75 % de composants « dark green ».

Pouvez-vous citer quelques nouvelles technologies permettant des réductions d'énergie drastiques ?

René Penning de Vries : De gros progrès restent à faire pour les PC de bureaux et les boîtiers-décodeurs par exemple. A long terme, la technologie qui bouleversera le plus le grand public, c'est sans doute l'éclairage. Le passage de l'incandescent et de l'halogène aux diodes électroluminescentes, mais aussi aux lampes fluorescentes compactes et aux lampes halogènes métal/ céramique, induit des consommations réduites de 50 % à 80 %, et beaucoup de ces applications ont besoin de circuits de commande. Dans l'automobile, de nombreuses technologies visant à alléger le véhicule, à optimiser son fonctionnement et à rationaliser le trafic permettront de réduire la facture à la pompe. Aujourd'hui, 65 % de l'énergie consommée dans une voiture est perdue, et il suffit par exemple de pneus mal gonflés pour consommer jusqu'à 5 % d'essence en plus ! D'autres applications, allant des téléviseurs rétroéclairés à DEL aux compteurs électroniques d'énergie, peuvent combiner des fonctionnalités accrues et une consommation électrique contenue voire réduite.

Economiquement, est-ce que les circuits « écolos » fournissent de bonnes marges par rapport aux composants traditionnels ?

René Penning de Vries : Tout dépend si vous êtes un leader dans ce secteur. Les leaders sont toujours très profitables, et les circuits permettant de réduire la consommation d'énergie ne font pas exception…

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