Christian Berquier (Future Electronics France et de PNE) : « de nouveaux marchés apportent un nouveau souffle à la distribution »

Les consolidations en cours, en composants et en sous-traitance notamment, auront-elles des répercussions sur la distribution ? Et lesquelles ?
Christian Berquier : Les fabricants de composants font des mariages de raison parce qu'ils ont besoin de devenir plus forts pour continuer à exister. Ils ont besoin d'acquérir davantage de poids dans le contrôle des prix du marché, des prix qui baissent sans arrêt sous la pression de la concurrence. Leurs regroupements ne devraient néanmoins pas changer grand-chose pour le distributeur, puisque lui-même est un fournisseur. En effet, c'est le client, qu'il soit équipementier ou sous-traitant, qui passe commande et qui régit les équilibres entre fournisseurs, veillant, en général, à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. En revanche, la constitution de grands consortiums de sous-traitance pourrait, elle, porter préjudice à la distribution, parce que ces grands groupes chercheraient davantage à travailler en direct avec les fabricants.
Le marché européen de la distribution de composants se réduit. Il semblait pourtant idéalement taillé pour elle. D'où vient cette baisse ? Est-elle liée à des délocalisations de production d'équipements industriels ou autres ? Est-elle conjoncturelle ou structurelle ?
Christian Berquier : Cette baisse est structurelle et elle est la conséquence de délocalisations de production dont les secteurs médicaux, militaires, aéronautiques ne sont pas à l'abri. L'aéronautique, pour ne citer qu'elle, cherche ainsi à travailler en zone dollar. Toutefois, l'avenir plaide pour un regain d'activité de notre domaine. De nouveaux marchés se font jour tels l'éclairage à DEL qui est appelé à révolutionner tous les domaines : l'éclairage public, l'architecture, la domotique, l'automobile, le médical… et pour lequel l'Europe dispose d'un environnement porteur recherche de qualité de vie, design, équipementiers et normes. L'avenir, c'est aussi le photovoltaïque, les énergies renouvelables, la domotique (Somfy), la sécurité et les alarmes, l'automobile propre et sûre, les transports (Alstom), la monétique (Ingenico), la généralisation des communications sans fil : cas des compteurs à télérelève de la consommation. En électronique comme dans beaucoup d'autres domaines, l'Europe a aussi un savoir-faire et des connaissances en haut de gamme qui peuvent lui servir à séduire une clientèle des pays émergents.
Pourquoi le recul est-il plus important en France et en Grande-Bretagne qu'en Allemagne et en Italie ?
Christian Berquier : du fait de son tissu industriel composé majoritairement de grands groupes, la France a été davantage que les autres pays européens, frappée par les délocalisations de production. Sagem est, actuellement, plus présent en Tunisie 3 500 personnes qu'en France. De grands équipementiers de notre pays ont fermé leurs usines, Moulinex par exemple, ainsi que de grands sous-traitants Viasystems, Flextronics, Sanmina-SCI, GRME qui fabriquaient notamment des téléphones portables, un domaine qui a représenté jusqu'à 80 % des ventes de certains distributeurs de l'Hexagone dans les « belles années » et qui ne compte plus, aujourd'hui, que pour 5 % au mieux de leur chiffre d'affaires. Cette baisse, qui est structurelle, ne doit pas nous empêcher de croire en l'avenir. Ce qui vaut pour l'avenir de l'Europe via de nouveaux marchés en devenir vaut au moins autant sinon plus pour la France.
Le soutien au design nécessite des investissements élevés en hommes et en équipements. Est-ce que c'est rentable si les volumes partent en Asie ?
Christian Berquier : effectivement, la question du commissionnement du soutien au design lors d'une délocalisation de production, notamment en Asie, est une question clé. Il faut que chacun s'y retrouve : la filiale qui a réalisé l'implantation et celle qui se charge des livraisons de composants pour la production en volume. Chez Future Electronics, nous avons trouvé une solution qui satisfait tout le monde : nous divisons par deux la commande, les bénéfices et le commissionnement, entre ceux qui ont réalisé le soutien au design et ceux qui se chargent de la livraison. Ceux qui ont fait le travail de soutien au design ne s'en plaignent pas, car les volumes produits en Asie leur permettent d'augmenter leur commission.
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On le sait, les activités de R&D et la fabrication doivent s’enrichir mutuellement. C’est pourquoi les acteurs de la sous-traitance ont intérêt à cultiver ces deux domaines. Mais pour y parvenir,
la France se doit de conserver un tissu industriel afin de rester une terre d’innovation.




