Rich Beyer (CEO de Freescale Semiconductor) : « l'avenir, c'est la spécialisation sur des marchés à fort potentiel »

Nous assistons actuellement à un grand nombre de mouvements dans l'industrie des semiconducteurs. Sommes-nous au début d'une ère de consolidation massive ?
Rich Beyer : Il ne s'agit pas d'un phénomène de consolidation massive mais plutôt de la reconnaissance par les sociétés qu'il est impératif de devenir plus fort sur des segments de marché bien ciblés ou dans des gammes de produits dédiés. Un choix qui impose parfois de se séparer de certaines activités n'entrant pas dans la cible. C'est ce qui s'est produit pour NXP Semiconductors qui a vendu son activité circuits pour radiotéléphones à STMicroelectronics, qui l'a ensuite mariée avec celle d'Ericsson. Non pas pour devenir plus gros dans l'absolu, mais pour devenir plus fort sur un marché des radiotéléphones où, à mon sens, il faut réaliser un chiffre d'affaires d'au moins 2 milliards de dollars pour avoir une chance de succès. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de nous séparer de notre activité liée aux solutions pour les radiotéléphones. Se maintenir à niveau dans ce domaine qui représente 20 % de nos ventes aurait demandé des investissements énormes que nous préférons consacrer aux secteurs où nous sommes déjà en position de force, comme l'automobile et les réseaux, ou à d'autres que nous considérons à fort potentiel, comme l'industriel, le médical et certains secteurs du grand public. Tous ces marchés devraient croître de 7 à 9 % par an, contre seulement 4 à 5 % pour le marché des radiotéléphones. Cela dit, même les géants comme Intel et Samsung ne sont pas à l'abri de ce genre de stratégie.
Pourquoi les investissements sont-ils si importants dans le monde des mobiles ?
Rich Beyer : Cette activité est gourmande en investissements, car la consolidation en aval, avec des fabricants de terminaux de moins en moins nombreux, rejette sur les sociétés de semiconducteurs une grande partie de la mise au point de la valeur ajoutée. Pour ces dernières, les développements logiciels sont donc de plus en plus importants. Par ailleurs, il faut être capable de servir et de supporter simultanément aussi bien la 2 G que la 2,5 G, la 3 G ou la future technologie LTE. Il y a dix ans, une société pouvait ne se spécialiser que sur le GSM par exemple.
Les OPA hostiles se multiplient dans notre industrie à un niveau jamais atteint depuis des années. Qu'en pensez-vous ?
Rich Beyer : La dernière grande OPA hostile est à ma connaissance celle lancée avec succès par Philips sur VLSI Technology en mars 1999 (*). Les mouvements récents, comme l'offre de Microchip et ON sur Atmel, ne sont toutefois pas surprenants dans le contexte économique actuel avec un marché boursier au plus bas. Ce dernier est propice à ce type de mouvements, comme cela est d'ailleurs toujours le cas dans les creux de cycle de l'industrie des semiconducteurs, tel que celui que nous vivons aujourd'hui. Dans ces moments-là, les sociétés ne sont pas chères, et ceux qui ont du cash peuvent saisir l'occasion. Atmel, dont l'action est très basse, est dans ce cas de figure. Cela dit, les actionnaires peuvent toujours refuser de vendre, comme l'ont fait ceux de Micrel au début de l'été.
Les fonds d'investissements privés ne peuvent-ils être tentés de vendre ?
Rich Beyer : Non, car si la situation est propice aux acheteurs, elle ne l'est pas aux vendeurs. Ils ont acheté Freescale dans une période florissante et ils ne vont pas revendre la société maintenant que le marché n'est pas propice. Leur vision est à long terme. De plus, le retour de l'industrie des semiconducteurs à une période de forte croissance prendra plusieurs années. Freescale ne devrait donc pas revenir en Bourse dans l'immédiat.
Comment se porte le marché aujourd'hui ?
Rich Beyer : Les Etats-Unis sont clairement entrés dans une période de récession, mais le ralentissement touche toutes les régions du monde, y compris la Chine. Les six prochains mois vont être durs : le marché automobile s'est ralenti et le grand public va s'affaiblir.
(*) Rich Beyer sait de quoi il parle : il était à l'époque président et COO de VLSI Technology.
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