Yannick Lévy (DiBcom) : « TV mobile : non, le standard DVB-H n'est pas mort-né ! »

Le futur du standard de diffusion TV mobile DVB-H est mis en doute. Qu'en pensez-vous ?
Yannick Lévy : il est vrai que le lancement par les opérateurs mobiles allemands d'un radiotéléphone apte à recevoir la TNT en DVB-T, puis le très bon accueil réservé à ce terminal par les utilisateurs, amènent à s'interroger et à se demander quel peut bien être, dans ces conditions, l'intérêt du DVB-H… D'autant que le modèle économique du DVB-H s'appuie sur des services payants alors que le DVB-T est gratuit. En fait, les paramètres techniques DVB-T qui y ont été sélectionnés en Allemagne font que le signal est plus robuste qu'ailleurs… au détriment du débit par multiplex. Là où la France et d'autres ont opté pour une modulation 64 QAM, et un débit d'environ 20 Mbit/s par multiplex, l'Allemagne a retenu le 16 QAM avec un débit deux fois plus faible. Partant, le taux de couverture est bien meilleur en 16 QAM qu'en 64 QAM, toutes choses égales par ailleurs. L'amélioration escomptée avec le DVB-H au niveau de la réception sur des terminaux mobiles de poche est donc nettement moins sensible dans les pays qui ont déployé des infrastructures DVB-T 16 QAM, et tout n'est alors qu'une question d'investissement initial. Certes, ces pays disposent d'une couverture DVB-T mobile un peu moins large qu'en DVB-H, mais là où il y a couverture, les infrastructures sont déjà amorties. D'où l'intérêt de l'option prise par les Allemands.
Avez-vous pu chiffrer les améliorations apportées par l'utilisation du DVB-H par rapport aux différentes déclinaisons du DVB-T ?
Yannick Lévy : DiBcom a publié un article qui compare les performances de couverture DVB-T et DVB-H pour différentes classes de récepteurs, performances calculées selon les modèles de budget de liaison du Forum BMCO et du Forum TV Mobile. Des simulations pour Paris montrent que, pour une même puissance rayonnée à l'émetteur de la Tour Eiffel et pour un type de réception donné, le rayon de couverture en DVB-H est très nettement supérieur à celui en DVB-T. En réception à l'intérieur des bâtiments, le rayon de couverture en DVB-H est de 137 % plus grand que celui en DVB-T. Nous avons mené le même type de simulation pour Berlin mais, cette fois-ci, en 16 QAM. En réception « indoor », l'amélioration apportée par le DVB-H n'est que de 64 %.
Le DVB-H n'est donc pas mort !
Yannick Lévy : en aucun cas. Les technologies DVB-T et DVB-H, standard sur lequel l'Italie, les Pays-Bas, l'Autriche et la Suisse se sont déjà lancés, vont coexister. Comme je l'ai déjà dit, il est beaucoup plus facile de recevoir la TV sur un téléphone mobile en DVB-T dans les pays utilisant le 16 QAM. Et il est clair que le DVB-T en 64 QAM n'est pas adapté à la réception TV mobile, sauf si on fait appel à un mode de réception en diversité. Je tiens également à souligner que la réception en DVB-T est plus complexe à implanter dans un téléphone mobile qu'une réception en DVB-H. Dans le premier cas, un programme est codé à un débit compris entre 4 et 8 Mbit/s, alors qu'en DVB-H, on oscille entre 300 et 400 kbit/s. La différence n'est pas mince !
Quels conseils donnez-vous aux fabricants de mobiles ?
Yannick Lévy : il leur faut développer des terminaux multimodes aptes à recevoir aussi bien le DVB-T que le DVB-H, voire le futur DVB-SH. Le multimode est de règle au niveau des interfaces radiocoms des téléphones mobiles qui sont compatibles à la fois GSM, GPRS, Edge et 3G. Pourquoi ne pas faire de même en diffusion TV mobile ? Ce sont les opérateurs, en fonction de l'état d'avancement des déploiements en DVB-H, qui activeront la fonction désirée, soit en usine, soit dynamiquement par mise à jour du firmware de la puce. Par ailleurs, il faut également y intégrer la TV mobile reçue en mode 3G et prévoir des fonctions de basculement entre les différents réseaux d'accès qui soient transparentes pour l'utilisateur. La qualité de décodage vidéo disponible sur les terminaux mobiles DVB-T/H peut d'ailleurs offrir à la TV en 3G une qualité bien meilleure, ce qui est l'élément primordial au succès de ce nouveau service. De toute façon, il faut qu'il existe rapidement un éventail large et diversifié de terminaux mobiles ou portables aptes à recevoir la TV.
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