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Joseph Puzo (Axon' et la Fien) : « pour rester innovantes, les entreprises doivent recentrer leurs achats sur l'Europe »

Avec le Pacte PME, les grands groupes semblent se tourner davantage, vers des fournisseurs de proximité. Ce rapprochement permet de mieux maîtriser ses innovations, estime Joseph Puzo, p-dg d'Axon'Cable et membre de la Fien.
Jacques Marouani, ElectroniqueS, le 11/12/2008 à 0h00

Le Pacte PME, qui incite les grands groupes à travailler avec les PME, a-t-il permis d'améliorer les relations avec les grands comptes ?

Joseph Puzo : Le Pacte PME édicte des règles sur la manière dont les grands groupes doivent s'y prendre pour travailler avec les PME. Il permet d'éduquer les services achats en leur recommandant notamment d'aider des fournisseurs locaux à obtenir des conditions d'approvisionnement plus favorables que celles qu'ils seraient tentés d'aller chercher en Chine. En s'adressant à des fournisseurs de proximité, ils évitent les surstocks, les problèmes de non-qualité, les déplacements, les risques de copie de leurs produits. Autant de coûts cachés qui s'ajoutent aux prix de vente initiaux et qui génèrent finalement un coût d'acquisition global plus élevé que s'ils s'étaient adressés à des fournisseurs locaux. Les PME européennes sont capables de facturer en dollars si le client le leur demande, et cela, sans prendre de risque, car il faut savoir qu'un taux de change fixe peut être garanti par la Coface pendant une période de cinq ans.

Les directions achat sont-elles en train de modifier leur attitude ?

Joseph Puzo : Les mentalités évoluent lentement et, en tout cas, pas aussi vite que nous le souhaiterions. Le premier réflexe des directeurs d'achat consiste encore trop souvent à dire à leurs acheteurs de s'approvisionner en Chine à 60 % ou 70 %, car ils pensent que c'est la manière la plus sûre de réduire les coûts. Ils pourraient obtenir le même résultat en leur disant simplement de se fixer un objectif de réduction de coût qu'ils obtiendraient localement grâce un partenariat étroit. Il ne faut pas que l'entreprise se limite à une relation de vendeur à acheteur, il faut qu'elle permette aux fournisseurs de rencontrer également des techniciens et des ingénieurs. Elle doit comprendre que plus une entreprise s'éloigne de son centre de décision, moins elle maîtrise ses sources d'approvisionnement et moins elle maîtrise sa capacité d'innovation. Les achats représentent 60 % à 80 % du chiffre d'affaires des grands groupes. Cela revient à dire que 60 % à 80 % de leurs produits sont réalisés chez leurs fournisseurs et donc à l'extérieur de l'entreprise. Plus le barycentre entre le grand groupe et le fournisseur est éloigné, plus la maîtrise du produit final échappe à l'entreprise. En s'adressant à des PME françaises, ce barycentre revient en France. Ainsi, lorsqu'il apparaît des problèmes, ils peuvent être réglés très rapidement grâce à des contacts fréquents avec les fournisseurs. Si ces derniers sont en Chine, il faut organiser des voyages et s'adresser à des interlocuteurs qui, pour les trois quarts d'entre eux, ne parlent pas l'anglais ou parlent un anglais approximatif, et dont la culture complique passablement la situation, puisqu'il arrive souvent qu'ils ne reconnaissent pas leurs torts.

Va-t-on, selon vous, assister à une relocalisation des achats vers l'Europe ?

Joseph Puzo  : Les Japonais se sont déjà aperçus des inconvénients à s'adresser à des fournisseurs chinois, et se sont rendu compte qu'ils avaient affaire à des problèmes de copie de leurs produits. Ils ont commencé à vouloir rapatrier les travaux de sous-traitance très pointus, mais parfois, le réseau de sous-traitance local n'existait déjà plus, car il avait été cassé à cause des délocalisations d'achats. Les Européens commencent à prendre conscience du même problème. Depuis 2005, tous les gouvernements estiment que la meilleure façon de réagir à la concurrence des pays à bas coût de main-d'œuvre est de favoriser l'innovation. Cela s'est notamment traduit en France par un remaniement du dispositif du crédit impôt-recherche qui est devenu un formidable outil d'incitation fiscal. Tous les grands groupes, en particulier EADS, Thales, Schneider, Renault, ont intégré l'innovation dans leur processus, et ont davantage recours à des fournisseurs de proximité. La mécatronique, qui associe électronique et mécanique, entraîne également des besoins de conception et de R&D collaborative nécessitant des relations de partenariat plus étroites. L'évolution est donc positive. Ce sera la meilleure façon de sortir de la crise actuelle.

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