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Hervé Lebret, enseignant, responsable d’une structure de transfert de technologies à l’EPFL : « L’industrie et la recherche sont toujours deux mondes cloisonnés »

Rédigé par  vendredi, 15 juillet 2011 11:43
Hervé Lebret, enseignant, responsable d’une structure de transfert de technologies à l’EPFL : « L’industrie et la recherche sont toujours deux mondes cloisonnés »
D’origine française, Hervé Lebret a passé une partie de sa vie professionnelle dans la SiliconValley et dirige aujourd’hui une structure de transfert de technologies à l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) qui remporte un grand succès auprès des start-up. Il estime que les collaborations entre recherche et industrie ne sont pas assez ouvertes.

Comment percevez-vous le rapprochement de l’industrie et de la recherche, notamment dans le cadre des pôles de compétitivité en France ?

Hervé Lebret : Le concept d’« innovation ouverte » selon lequel les grands groupes rechercheraient des partenariats avec des start-up et des laboratoires de recherche est trompeur. Il s’agit juste pour eux d’ouvrir leurs portes, mais de façon sélective, pour profiter de technologies dont ils ont besoin. Ils créent des sortes de constellations dans lesquelles les start-up sont prisonnières comme le sont les planètes de notre système solaire. Dans le cadre de ces collaborations fermées, ils tirent des bénéfices du savoir que leur apportent les start-up ou les chercheurs qui ont de bonnes idées. En se contentant de ces apports, il en résulte un manque d’échanges entre les partenaires. Cela n’aide pas la communauté industrielle et scientifique. En faisant en sorte que les résultats de leurs travaux de recherche ne soient pas disponibles pour tous, le brassage des idées et des connaissances ne peut pas avoir lieu. Sous couvert des pôles de compétitivité, les grands groupes roulent pour eux. Alors que ces pôles devraient être des facilitateurs d’innovation, ils créent en réalité de nouveaux cloisonnements.

Vous avez passé une partie de votre vie professionnelle dans la Silicon Valley. Quels enseignements en tirez-vous ?

Hervé Lebret : Dans la Silicon Valley, rien n’est formalisé. C’est le règne du « bottom-up » qui prévaut, alors qu’en France, les directives viennent davantage d’en haut. Aux Etats-Unis, des ingénieurs se rencontrent dans des bars pour parler d’innovation avec une totale liberté de parole, tel le « Wagon Wheel Bar ». Dans les années 70 et 80, de nombreux ingénieurs de chez Fairchild, National et autres se rencontraient autour d’une bière pour parler des problèmes qu’ils rencontraient dans la production ou la vente de semi-conducteurs. Le « Wagon Wheel Bar » était un lieu de rencontres où même les compétiteurs les plus vifs échangeaient des idées. Je ne suis pas certain que les pôles de compétitivité soient parvenus à une telle ouverture. Les systèmes innovants doivent avoir cinq composantes : des universités et des centres de recherche haut de gamme, une industrie du capital-risque agrégeant financiers institutionnels et investisseurs privés, des professionnels qui puissent apporter leur expérience, une offre de services incluant avocats, chasseurs de têtes, spécialistes des relations publiques, mais surtout un esprit pionnier qui encourage la culture entrepreneuriale. Or, ce dernier ingrédient est souvent ignoré de ce côté de l’Atlantique.

Mais cette plus grande ouverture que vous prônez pose des problèmes de propriété intellectuelle. Cela ne constitue-t-il pas un risque pour les inventeurs de s’exprimer si librement ?

Hervé Lebret : C’est pour cette raison que cet esprit d’ouverture n’existe pas en Europe. L’essentiel est d’aller plus vite que son concurrent, et ainsi de garder une longueur d’avance sur lui. C’est celui qui court le plus vite qui gagne. Et le temps que les gens vous copient, vous les aurez dépassés. Soyons le plus créatifs possible et nous serons les meilleurs. Est-ce que Microsoft ou Airbus sont menacés dans leur existence par des vols de brevets ? Je ne le crois pas. En cherchant toujours à nous protéger, nous oublions qu’il faut d’abord être créatif pour gagner la bataille de l’innovation. La notion de propriété intellectuelle n’est pas si critique que certains l’avancent. Elle a un effet de ralentisseur et recèle peut-être plus d’effets pervers que d’effets positifs. En Silicon Valley, nous entendons souvent des inventeurs se dire « essayons cette idée ». C’est une région de migrants où il existe une grande émulation, alors que dans d’autres régions des Etats-Unis et en Europe, il y a une plus grande culture de la confidentialité. L’autre atout de la Silicon Valley est que tout est concentré dans un rayon de 100 kilomètres, alors qu’en Europe, il est nécessaire de sans cesse prendre l’avion pour rendre visite à des start-up, car elles sont disséminées sur tout le territoire, et aussi en Israël où il y a un vivier important de jeunes entrepreneurs.

Comment en êtes-vous venu à créer votre structure de transfert de technologies, Innogrants, au sein de l’EPFL ?

Hervé Lebret : Dans les années 90, des amis m’ont proposé de rejoindre une start-up. A cette époque, je me demandais si beaucoup de chercheurs avaient entendu ce mot en France. Puis en 1997, je me suis associé à la création d’un fonds de capital-risque, Index Ventures, à Genève. Maintenant, à l’EPFL, j’aide les étudiants à lancer leurs start-up. J’essaie de leur communiquer cette envie dans le cadre d’un programme de soutien à la création d’entreprises innovantes. Je me suis inspiré du « Deshpande Center » américain dont le fonctionnement a été basé sur l’octroi de bourses à des étudiants du MIT. Mon budget provient de l’EPFL et de fonds privés, généralement des mécènes. En six ans, nous avons reçu 300 demandes et j’ai financé à ce jour 48 projets qui ont donné naissance à 25 start-up dont certaines croissent rapidement, à l’américaine. Chaque projet reçoit en moyenne 70 000 €, ce qui correspond à une dépense annuelle de l’ordre de 600 000 €, tous domaines confondus. Le problème, en France, c’est que nous n’avons pas de « business-angels » suffisamment fortunés ou de grands groupes qui accepteraient de jouer le rôle de mécènes.

Propos recueillis par Jacques Marouani


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