Antaios développe des Mram pas comme les autres

Le 27/05/2020 à 0:00 par La rédaction

LE GRENOBLOIS MET AU POINT DES MÉMOIRES SOT-MRAM JUGÉES PLUS AVANTAGEUSES QUE LES MODÈLES STT-MRAM ACTUELS.

« Notre ambition est d’occuper une place centrale dans l’industrie des mémoires non volatiles. » Jean-Pierre Nozières, fondateur d’Antaios

Nombreuses sont les technologies de mémoires dites exotiques qui prétendent relever le flambeau des Dram, Sram et/ou flash actuelles avec des performances accrues. Parmi les plus avancées figurent les Mram, disponibles commercialement chez plusieurs fabricants, le plus souvent dans leur déclinaison STT (spin transfer torque magnetoresistive Ram). L’écriture d’un bit de donnée s’y effectue au moyen d’un champ magnétique généré par un courant traversant une jonction à tunnel magnétique et qui modifie l’orientation magnétique de la cellule mémoire. Le courant circule par le même chemin pour la lecture, ce qui rend la cellule relativement dense mais impose un compromis entre vitesse, endurance et rétention : un courant élevé accélère et renforce la magnétisation mais limite l’endurance en raison des dommages occasionnés par la forte tension induite. Une nouvelle technique d’écriture/lecture basée sur l’effet SOT (spin orbit torque) semble résoudre ce dilemme. Dans une cellule SOT-Mram, seule la lecture met en œuvre un courant traversant la cellule, l’écriture étant, elle, commandée par une autre ligne de courant située sous la jonction. Les deux courants peuvent donc être optimisés séparément, ce qui permet en théorie d’étendre considérablement l’endurance de la cellule mémoire tout en conservant un grand débit de données.

C’est sur cette nouvelle architecture et sur une décennie de travaux menés par le laboratoire Spintec que s’est fondée Antaios, start-up grenobloise. À sa tête figurent Jean-Pascal Bost et Jean-Pierre Nozières, qui avaient préalablement fondé eVaderis. La société compte aujourd’hui dix salariés à temps plein et s’appuie sur deux partenariats stratégiques, dont un avec une grande société américaine.

Avant sa création officielle, Antaios a bénéficié du projet européen ICT qui a permis de boucler la phase de recherche pure et de validation du concept. « Ce sont des projets de qualité, qui permettent d’impliquer des laboratoires d’experts et sont bien financés, mais ils sont extrêmement aléatoires (taux de succès très faible) et avec des calendriers très rigides et très longs (12 à 18 mois minimum entre le lancement du projet et son démarrage effectif) », explique Jean-Pierre Nozières. Après sa création, Antaios a bénéficié du soutien de la BPI via des prêts financiers et une aide au développement. « Les dossiers BPI sont, eux, instruits rapidement (moins de six mois) et en toute transparence : ce sont donc d’excellents outils de développement, même si l’aide est le plus souvent sous forme de prêt, donc à rembourser » ajoute le cofondateur d’Antaios.

TOUR DE TABLE FINANCIER EN COURS

Techniquement, la technologie SOT-Mram est encore très jeune. Plusieurs solutions sont à l’étude chez des industriels (Intel, Samsung) et des centres de recherche (Imec), des solutions qui nécessitent encore d’ être peaufinées. Exemple : les mémoires SOT-Mram sont intrinsèquement promptes à l’écriture, mais, en lecture, doivent encore être améliorées en travaillant à la fois sur le matériau (pour augmenter la TMR, c’est-à-dire la fenêtre de lecture) et sur le design de la cellule. Côté fabrication, une mémoire SOT-Mram utilise peu ou prou les mêmes matériaux et process qu’une STT-Mram, ce qui simplifie son industrialisation ; « il s’agit donc d’amener la technologie à maturité suffisamment rapidement pour répondre à la demande du marché avant qu’une autre solution ne prenne sa place », avance Jean-Pierre Nozières. Antaios a l’ambition de proposer aux acteurs du semi-conducteur (fabricants, fonderies, fournisseurs fabless) une macro mémoire complète et validée en plus de la technologie « brute », i.e. l’architecture et le matériau, par exemple pour remplacer la Sram utilisée comme mémoire cache. La société n’envisage pas de vendre ses propres circuits, mais de se rémunérer sur les droits de licence et les redevances. Antaios est en train de conclure un premier tour de table financier qui lui permettra de finaliser sa technologie jusqu’à un échantillon de test, indispensable au lancement d’une offre commerciale.

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