« Je suis assez confiant pour l’année 2021 »

Le 03/11/2020 à 13:00 par La rédaction

L’ANNÉE 2020 POUR LES DISTRIBUTEURS A ÉTÉ PLACÉE SOUS LE SIGNE DE LA CRISE DU COVID. QUEL A ÉTÉ SON IMPACT SUR EUX, QUELLES SONT LES PERSPECTIVES POUR 2021 ? D’AUTRES QUESTIONS VIENNENT À L’ESPRIT, TELLES QUE LE FUTUR DE L’IoT ET DE LA 5G, OU LA PROBLÉMATIQUE LOGISTIQUE. AU SIÈGE SOCIAL D’EUROCOMPOSANT SITUÉ A VOISINS-LE-BRETONNEUX (78), SON P.-D.G. JULIEN BERGER NOUS DONNE SON AVIS SUR CES INTERROGATIONS.

Quel bilan pouvez-vous dresser sur cette année 2020 en période de Covid parmi vos différents pôles d’activité ?

Julien Berger L’année a été un petit peu disparate. Nous avons établi les premiers bilans sur le premier semestre, avec une baisse globale du chiffre d’af-faires de 5 %. Elle n’est que de 5 % au premier semestre, car nous étions partis en 2020 pour faire une année de croissance. La croissance la plus forte se fait généralement au premier trimestre. Eurocomposant a donc fait un excellent premier trimestre, mais la baisse du chiffre d’affaires sur le deu-xième est de l’ordre de – 30 à 40 %. Sur le second semestre, l’activité se rééquilibre, mais pas au niveau qui était le sien un an auparavant. Pour l’instant, nous sommes sur une baisse moyenne pour le second semestre de 20 % ; sur cette année on devrait baisser de 12,5 %. L’année dernière nous avions fini l’année autour de 57  millions d’euros de chiffre d’affaires, cette année ce sera autour de 50, plus ou moins 3 %. Il y a un seul mois où nous sommes en perte financière, c’est le mois d’avril. À part ce mois-ci, nous sommes à l’équilibre, ensuite nous sommes profitables. Sur l’année nous serons de toute façon bien profitables, même si moins que les années précédentes. Cela ne re-met pas en cause la santé de la société, l’emploi en particulier. Des départs l’ont été pour des raisons personnelles, mais le nombre d’employés à tendance à augmenter sur cette année puisque nous investissons toujours. L’année 2020 est une période d’investissement, que ce soit en personnel, en nouvelles méthodes de travail, car ce que j’ai pu décider il y a deux ans s’est mis en place cette année. Ce sont de nouveaux sites web, de nouveaux CRM (Customer Relationship Management ou gestion de la relation client), la mise en place de sales forces dans tous nos services, la vente en ligne, plus de référencement, plus de communication… La société apprend à mieux travailler ensemble.

La société de distribution de composants électroniques Eurocomposant est née en 1989. D’abord spécialisée dans la distribution des semi-conducteurs de puissance, elle a ensuite créé la division « Solutions d’affichage » en 1991. Ont suivi en 1998 les divisions « Systèmes embarqués », puis celles dévolues à l’éclairage Led et le sans-fil en 2009. L’actuel P.-D.G. Julien Berger accède au poste en 2011. Enfin, des bureaux d’études en interne ont été créés en 2017, intégrant notamment un laboratoire.

Parmi vos pôles d’activité, y en a-t-il qui s’en sont mieux sortis que d’autres, peut-être y en a-t-il qui ont émergé ?

Julien Berger Question répartition, nous avons cinq  pôles, les semi-conducteurs de puissance, le sans-fil, l’embarqué, les solutions d’affichage et l’éclairage. Les semi-conducteurs de puissance, je pense que l’on est sur une baisse qui reflète la situation de la société, c’est-à-dire 12,5 %. Dans le sans-fil, il y a des disparités. Nous avons beaucoup souffert du conflit sino-américain, car nous représentons Huawei  ; c’était la majeure partie de notre chiffre d’affaires. Nous le remplaçons progressivement, mais la baisse sera plus importante, et cela pas forcé-ment à cause du Covid. Sur la division de l’embarqué, de très beaux projets sur l’année 2019 étaient nés, peut-être que la baisse sera plus importante que la moyenne. Dans le domaine de l’affichage, nous sommes encore en croissance, malgré une baisse du marché. Cela signifie que l’on prend énormément de parts de marché, notre position de leader, de numéro 1 en France s’affirme de plus en plus. Cela tombe bien, car il y a une grosse croissance dans la division affichage, qui était déjà notre plus gros Business Unit ; cela limite donc la casse au niveau de la baisse de la société. Côté éclairage, la baisse est importante : nous arrivons à des fins de projet, et il n’y a quasiment plus d’investissement dans le domaine du retail, qui était moteur dans l’éclairage. En résumé, il y a une grosse croissance dans l’affichage, et l’embarqué. Les semi-conducteurs suivent la baisse générale, tandis que la baisse est plus forte dans le sans-fil et l’éclairage. Si nous regardons les différents marchés sur lesquels nous sommes positionnés, l’année prochaine va un petit peu changer, car l’affichage prendra plus d’importance.

« Durant les périodes de confinement, il a été quasiment impossible d’installer des produits électroniques, que ce soient des parcmètres, ou des bornes de paiement dans la rue. » Julien Berger, P.-D.G. d’Euro-composant

Concernant les marchés visés, l’industrie, l’affichage dynamique (digital signage), le médical, les biens de consommation (consumer), le transport, la défense et la sécurité, l’aéronautique et l’automobile : dans la défense et sécurité, les marchés sont stables ou en croissance. Dans l’aéronautique et l’automobile, les marchés sont en très forte baisse, mais cela représente une part extrêmement faible de notre activité, heureusement pour nous. Le transport est assez affecté, il représente une plus grosse part, car ce n’est pas la priorité des villes d’investir pour rénover le transport. Le marché du bien de consommation est quant à lui en forte croissance ; les particuliers ont thésaurisé et consomment de plus en plus, notamment sur Internet. Dans cette liste de clients, vous avez beaucoup de gens qui fabriquent des biens de consommation, et les ventes explosent. Le bien de consommation est un gros marché chez nous. Le marché médical est en croissance cette année, c’est un fort secteur. L’affichage dynamique est un peu affecté par le Covid, mais c’est un marché qui était en très forte croissance. L’industrie, enfin, souffre suivant la moyenne de la baisse d’activité que l’on observe en France, c’est-à-dire – 15 %.

Difficile de se projeter, mais comment voyez-vous les perspectives pour 2021 ?

Julien Berger Personne n’est devin, nous devions faire de la croissance, nous allons faire de la décroissance. Il est toujours difficile d’intégrer les événements que l’on va rencontrer entre maintenant et fin 2021. Toujours est-il qu’un certain nombre de sociétés ont accumulé un retard qui sera rattrapé sur 2021. D’autre part, il y a de plus en plus d’électronique dans les produits que l’on achète. De notre côté, nous avons beaucoup investi sur notre équipe commerciale, avec l’embauche de quatre  ingénieurs technico-commerciaux en 2020, cela porte ses fruits. Nous avons déjà gagné de beaux projets qui vont être concrétisés sur 2021. Je suis donc assez confiant pour l’année 2021. La seule question que l’on peut se poser, c’est de savoir si nous serons au même niveau qu’en 2019, ou entre les deux. Difficile à dire, mais je pense que nous serons entre les deux. Pour atteindre les chiffres de 2019, il nous faudra deux à trois ans. Il s’agit d’un point de vue réaliste et conservateur, car nous ne sommes pas cotés en Bourse, sans la pression de fonds d’investissement.

Quel a été l’impact moral du Covid sur l’entreprise, comment l’avez-vous ressenti ?

Julien Berger Au départ, au mois de mars, c’est un électrochoc. Après l’annonce du gouvernement, tout le monde comprend qu’il doit rester chez soi et ne plus travailler, c’est le ressenti qu’ont eu les salariés. Dans l’absolu, nous avions tout de même le droit d’aller travailler. Cela a mis un énorme coup d’arrêt à l’économie et nous en avons profité pour passer du temps en famille. Il a fallu remettre ensuite la machine en route, vraiment instaurer le télétravail. Il a fallu gérer les peurs de chacun, puisque le 11 mai, il a fallu convaincre les gens qu’ils pouvaient revenir travailler.

Certains étaient naturellement optimistes, avec l’énergie pour revenir, d’autres ont été beaucoup plus frileux. Cela s’est finalement bien passé. Au 15  juin, toutes les équipes étaient revenues sur site. Les commerciaux télétravaillent davantage, c’est une culture qui s’est bien développée. Bien réalisé, le télétravail est efficace, avec de belles réunions à distance à deux, trois, quatre, dix personnes… Mais il est vrai que l’intelligence collective des entreprises se trouve aussi beaucoup sur le site. Les décisions importantes, les mesures d’information importantes ne se font pas souvent aux horaires de travail, mais à la machine à café, lors d’un déjeuner, d’un dîner ou lors d’un afterwork. La vie sociale en entreprise reste primordiale. Le discours du président Macron ne devrait pas impacter notre façon de travailler, peut-être renforcer un peu plus le télétravail pour ceux qui le peuvent. Cela va juste impacter nos vies personnelles, mais pas changer le travail  ; nous allons rester sur ce mode de fonctionnement. Seulement, la difficulté pour nos équipes commerciales est qu’elles ont plus de mal à rencontrer des clients. Aujourd’hui, cela va être la difficulté : le discours du Président Macron, qui reli-mite les connexions sociales, va donner un petit coup de frein au développement commercial.

Un certain nombre d’exposants lors du dernier salon IoT World/ M2M a estimé les différentes annonces du gouvernement parfois contradictoires. Est-ce que vous attendez quelque chose de particulier, ou de plus détaillé dans les annonces du gouvernement français ?

Julien Berger C’est une question délicate, car il s’agit de porter un jugement sur les actions politiques. Rétrospectivement, si j’avais été Président de la République, je n’aurais peut-être pas fait la même chose, je n’aurais peut-être pas confiné tout le pays pendant six semaines. J’aurais plutôt favorisé le télétravail, et surtout inciter au port du masque, et ce dès le début. Peut-être que je n’aurais pas autant dramatisé la situation, comme a pu le faire l’OMS, et qui a été relayée par tous les gouvernements. Ils comparent tous leurs politiques, savoir qui en fait le plus, qui en fait le moins… Aujourd’hui si l’on compare les pays comme la Suède, la Norvège, l’Angleterre, l’Allemagne, la France et l’Espagne, tous ont eu des politiques très différentes, sans forcément de corrélation entre les décisions politiques et le résultat. En Suède, ils n’ont pas fait de confinement, et leur taux de létalité est identique à celui de ceux qui ont fait des confinements. On peut donc se demander à quoi ça sert. Il y a des différences culturelles, en Espagne, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu, et avec l’Angleterre, ce sont aujourd’hui les deux pays européens qui sont les plus exposés. Mais le delta avec la France n’est pas énorme. Est-ce qu’un pays fait mieux que les autres, on n’en sait rien. Je pense qu’il ne faut pas en faire tout un plat. Oui, il faut porter un masque dans les espaces confinés, oui, il faut se laver les mains, oui, il faut aérer le plus souvent possible, dans les endroits où nous sommes très nombreux, c’est compliqué à gérer dans une pièce.

« Pour notre outil logistique, nous avons des ERP plus ou moins sophistiqués. L’important est de construire une logistique graduée en fonction des impératifs clients, en calibrant précisément un outil qui induit une valeur ajoutée. » Alain Reffuveille, responsable logistique Eurocomposant

Est-ce que vous auriez souhaité avoir des aides économiques ?

Julien Berger Nous n’avons pas demandé grand-chose. Les salariés ont été pendant un mois au chômage partiel, à 50 % ; c’est tout ce que nous avons fait entre le 15  avril et le 15 mai. Nous aurions pu en faire davantage, mais cela voulait dire qu’il fallait demander aux gens de ne pas travailler. Je pense que cela ne donne pas une bonne image, une bonne énergie à la société : donc on ne l’a pas fait.

D’autre part, la société étant profitable cette année, nous n’avons pas demandé d’aide particulière. Le gouvernement a pourtant été assez généreux, voire trop généreux avec le Prêt Garanti par l’État (PGE). Il a distribué des milliards, et je pense que certaines sociétés ne vont jamais les rendre. Je ne suis pas partisan d’aller chercher des aides à tout prix. J’essaie de faire un écosystème qui soit à l’équilibre ou rentable, quels que soient les événements.

Même s’il n’est pas complètement récent, on assiste à une véritable explosion de l’IoT ; a-t-il engendré des changements majeurs chez les distributeurs ? Cela correspond-il à un véritable tournant, comment voyez-vous la chose ?

Julien Berger Cela fait 25 ans que nous vendons des produits communicants, donc cela n’a pas changé grand-chose. Nous avons commencé à vendre des calculateurs embarqués à base de Risc, à base d’architecture Arm, avec de la connectivité, filaire ou sans-fil. Nous nous sommes adaptés aux technologies qu’on a vu arriver, les technologies low power, qui ont notamment pu permettre de mailler un peu plus le système. Cela a bouleversé un peu le paysage des objets connectés, mais c’est une chose lancée il y a longtemps déjà. C’est juste un mot qui a été mis ; je ne sais pas qui a lancé cela, j’ai vu le mot IoT arriver sur les premières présentations Intel, il y a six ou sept ans. Il était là pour marquer une réalité qui existait depuis déjà 25 ans, mais qui était en fort développement, notamment avec le déploiement de nouvelles technologies. Bien sûr, de nouveaux acteurs sont arrivés, que ce soient des fabricants, dans les distributeurs un peu… mais d’une façon générale, les distributeurs principaux sont restés les mêmes. Ce sont les broaliners, les ca-taloguistes, les sociétés spécialisées comme Eurocomposant, avec des équipes dédiées à la connectivité.

Il y a beaucoup de start-up… Julien Berger Il y a beaucoup de start-up, notamment chez les clients qui essaient de fabriquer des produits connectés. Eurocomposant s’y intéresse fortement car parmi elles, il y en a quelques-unes qui peuvent exploser. Malgré tout, je pense qu’il y en a beaucoup dans l’IoT qui vont aller à l’échec, car le marché est compliqué. Quand un client final veut déployer un réseau de capteurs, il se lie déjà avec un risque qui n’est pas maîtrisé, la pérennité du réseau. De nos jours, on peut se demander pourquoi il y a autant de réseaux, de capteurs des réseaux basse consommation. C’est quelque chose qui n’est pas forcément viable à long terme. Il n’y a pas deux lignes de train en parallèle. En revanche, il y a plusieurs compagnies qui vont exploiter une ligne de train, c’est la concurrence. Mais pour les infrastructures aujourd’hui, il y a cette incertitude. Évidemment ce monde se crée avec ces start-up, il y en a quelques-unes qui vont réussir et d’autres non, mais il y en a plus qui ne vont pas réussir.

Sur le plan pratique, peut-être y a-t-il beaucoup de start-up restant à l’état de concept ?

Julien Berger Je pense qu’il n’y en a aucune qui vise uniquement le concept, toutes visent le succès. Je pense que la start-up fait rêver les jeunes qui sortent d’école, car c’est un mode de travail qui semble plus libre. Mais il ne l’est pas forcément, car c’est découvrir des horizons qui ne sont pas encore connus. Cela fait rêver, mais je ne pense pas que ce soit le cas longtemps.

Le partage des fréquences 5G a été acté. Comment voyez-vous la 5G en tant que distributeur, qu’est-ce que cela peut changer, apporter ou pas ?

Julien Berger À vrai dire dans l’industrie, en termes de connectivité et de data, on a plus de clients qui veulent des canaux de communication avec très peu que beaucoup de datas. Les objets connectés que l’on utilise, c’est pour effectuer du télérelevage, de l’ordre de quelques kilo-octects par jour, cela ne nécessite pas beaucoup de datas. Il y a ensuite les applications plus gourmandes, notamment dans l’affichage dynamique, avec les mises à jour des flux vidéo. Jusqu’à présent, en 4G, nous nous y retrouvions largement. La 5G va donc permettre de repousser les limites, mais cela ne va pas révolutionner grand-chose. Aujourd’hui la révolution se fait plus du côté du bas débit que du haut débit dans le domaine de l’industrie.

Donc il y a une sorte de dissonance par rapport à tout ce qui est annoncé… Julien Berger La 5G est intéressante, peut-être pas pour le monde de l’industrie, mais pour le monde de l’entreprise. Les moyens de communication en interne vont permettre de faire plus facilement des visio-conférences ; encore qu’aujourd’hui en 4G, on peut réunir trente personnes, avec une très bonne fluidité, donc cela suffit largement. Maintenant, nous aurons peut-être plus de réalité en 5G. Je pense qu’elle est plus dédiée à l’entreprise qu’à l’industrie pour connecter les gens entre eux. C’est le haut de gamme du marché grand public.

Vous vous attendez à beaucoup plus d’offres en 5G ?

Julien Berger Nous allons décliner tous les produits. Nous avons déjà des chipsets 5G, nous allons avoir des cartes Mini PCI-Express en 5G, des cartes M2 en 5G, des dongles USB 5G, et surtout des routeurs 5G. Nous avons vu la vente de nos routeurs exploser en l’espace de deux ans, d’abord en 3 et 4G, je pense que cela va exploser en 5G. Cela pour connecter les usines avec l’industrie 4.0.

“En termes de marché, de clients, de produits… il est important qu’un chef d’entreprise reste en partie dans l’opérationnel. JULIEN BERGER, P.-D.G. d’ Eurocomposant

Comment voyez-vous la logistique chez Eurocomposant actuellement et dans les mois ou les années à venir ?

Julien Berger Avec l’augmentation du chiffre d’affaires d’Euro-composant qui est passé en huit ans de 17 à 57 millions d’euros, il a fallu que l’on s’agrandisse. Dans un premier temps, nous avons repoussé les murs, fait monter les racks à palettes et les étagères en hauteur. Ensuite, Alain Reffuveille (responsable magasin et logistique Eurocomposant N.D.L.R.) nous a rejoints et à tout réorganisé. La surface de stockage a été quadruplée avec un deuxième local à Trappes. En outre, notre chiffre d’affaires export a explosé, c’est pour cela que nous avons trois centres logistiques (Hong Kong, Shangai, Boston) à l’étranger. Aujourd’hui quasiment 35 % de notre chiffre d’affaires est réalisé par ces centres. Nous avons en effet beaucoup de fabricants basés en Asie, que ce soit en Thaïlande, au Vietnam, à Hong Kong, en Corée ou en Chine. Nous utilisons les centres logistiques adéquats, car nous choisissons le trajet le plus direct à nos produits pour économiser de l’argent et du CO 2 .

Allez-vous accorder une place de plus en plus importante à l’automatisation, que ce soit dans vos centres de stockage ou les centres logistiques ? Est-ce que cela va être nécessaire ?

Julien Berger En termes d’automatisation, ce sont les process que nous avons dû le plus automatiser. L’efficacité de notre travail a été démultipliée par la mise en place de beaucoup d’outils informatiques depuis une vingtaine d’années pour le process administratif. L’automatisation de la gestion d’un magasin, ce n’est pas ma culture, et je ne pense pas que soit celle d’Alain Reffuveille, mais pourquoi pas. Notre problématique est que nos produits se présentent d’abord sous des encombrements qui sont extrêmement divers. Un semi-conducteur est un produit qui va faire 1 x 1 mm ; nous vendons également des afficheurs de tailles type 55 ou 75  pouces, qui ne se manipulent pas de la même façon. Ensuite, il y a des problèmes de conditionnement, avec des spécificités qui rendent l’automatisation difficile. Enfin, vous avez pu voir qu’il y a une ligne d’assemblage, dans les divisions de l’embarqué et de l’affichage, mais aussi un peu dans le sans-fil et l’éclairage : nous apportons de la personnalisation. (La part des produits customisés sur l’ensemble des produits vendus est de 70 %, N.D.L.R.). Du coup, cela ne peut pas passer par un process robotisé. Les produits passent fréquemment sur une ligne d’assemblage, et le technicien doit charger des logiciels, faire des paramétrages, pour répondre aux spécificités du client. Cela fait partie des quelques valeurs ajoutées du distributeur. Mais c’est délicat de tout robotiser. On pourra peut-être le faire, quand ce sera accessible en termes de coûts, et sur une certaine partie de nos produits, mais pas tous.

À l’issue de cet entretien, souhaiteriez-vous ajouter quelque chose qui n’a pas peut-être pas été abordé ? Ou qui vous tient à cœur ?

Julien Berger Il me tient à cœur que l’économie reprenne dans tous les secteurs. Beaucoup de nos clients, dont les chiffres d’affaires sont liés à l’hôtellerie, à la restauration, au retail… souffrent. Ces clients qui installent des produits innovants, informatiques, dans l’hôtellerie… Aujourd’hui l’hôtellerie est à terre. Les gens ne voyagent plus, c’est antinomique par rapport à cette gestion de crise. Pour que cela se passe bien, il faut rencontrer le moins possible de personnes, cela est antinomique avec la survie de nos entreprises. Il y a un juste équilibre pour pouvoir gérer au mieux la crise, et sauver un maximum d’entreprises. J’aimerais que le curseur soit davantage mis sur la sauvegarde de l’économie. Quand les gens n’auront plus de travail, quand les entreprises seront au tapis, cela fera plus de dégâts sur les hommes que ce virus, même s’il s’agit d’un discours qui peut être interprété de façon très violente.

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