« La culture et l’ambition d’Egide ont grandement changé en trois ans »

Le 03/06/2021 à 0:00 par La rédaction

LE DIRECTEUR GÉNÉRAL ADJOINT D’EGIDE, ÉRIC DELMAS, NOUS EXPLIQUE LES TRAJECTOIRES FINANCIÈRES, INDUSTRIELLES ET STRATÉGIQUES DU SPÉCIALISTE FRANÇAIS DU BOÎTIER HERMÉTIQUE ET DES COMPOSANTS DE DISSIPATION THERMIQUE.

Pouvez-vous nous dresser le bilan de l’année 2020 ?

Éric Delmas Nous sommes globalement satisfaits : 2020 confirme une croissance durable, malgré le Covid et l’incendie dans l’usine américaine de Cambridge en juillet. Sans perte de client, ce dernier a temporairement bloqué l’atelier de traitement de surface, causant un retard ainsi qu’une perte d’environ 4 millions d’euros pour le groupe. Nous avons cependant pu bénéficier du remboursement des assurances ainsi que des plans d’aides américains, les PPP [Paycheck Protection Program, N.D.L.R.] : des prêts à l’origine, transformés en subventions qui ont représenté deux fois 800 000 euros. Ainsi, le résultat net 2020 du groupe a atteint environ 1 million d’euros contre – 2,80 Me en 2019. Nous voyons pour l’usine – reconstruite avec une ligne de galvanoplastie neuve – une hausse des revenus et de profitabilité en 2021.

La concurrence semble avoir plus souffert du Covid. Avec nos marchés et nos produits – Egide est peu présent dans l’automobile et l’aéronautique civile mais davantage dans la défense et les satellites –, nous avons été résilients, avec un carnet de commandes 2020 quasi-stable. C’est plutôt l’usine française de Bollène qui a été impactée : le premier pic du Covid en mars 2020 a généré un fort absentéisme, avec environ 35 personnes absentes sur 80. Mais avec un gros travail d’organisation, l’instauration d’équipes de travail pour certains week-ends et une forte mobilisation des salariés, nous avons récupéré notre retard dès juin 2020 avec un niveau d’activité normal.

Pouvez-vous nous parler de la transformation vers l’industrie 4.0 de l’usine de Bollène ?

Éric Delmas Cette usine a profité d’une croissance de 11 % en 2020. Depuis mon arrivée il y a trois ans, nous avons mené de grosses actions structurelles, avec notamment la consolidation des activités à Bollène en fermant nos locaux franciliens. Sans gros investissements, pour la première fois depuis au moins dix ans, l’usine est devenue profitable mi-2020, avec des perspectives de marché prometteuses pour 2021. Son projet de modernisation date de deux ans. Pour l’industrie 4.0, les experts du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) nous assistent pour dresser le bilan de nos outils et identifier des solutions technologiques (intelligence artificielle, robotique, nanotechnologies, etc.), mais aussi pour établir ou non leur intronisation sur le court terme.

Eric Delmas, directeur général adjoint Groupe Egide

« Il est trop tôt pour en révéler les détails, mais nous avons des idées de diversification en dehors de nos technologies usuelles. »

Nous lançons immédiatement la première cellule robotisée, et le Manufacturing Execution System. Nous digitalisons nos flux pour optimiser les temps des cycles des clients, les inventaires, et la productivité.

Nous achetons aussi des équipements automatisant la mesure dimensionnelle, pour le spatial et le militaire notamment. L’année 2021 verra la rénovation de notre salle blanche pour le process HTTC (process de cofrittage céramique-métal permettant la réalisation de nos céramiques multi-feuilles), avec un contrôle optique et visuel automatisé, des chargeurs automatiques pour réduire les coûts de production et accéder à de nouveaux marchés.

Quels sont la nature et le montant de ces investissements ?

Éric Delmas Nous avons élaboré un plan de plusieurs millions d’euros sur cinq ans. Outre un PGE demandé lors du pic de la crise en 2020, nos dépenses d’investissement pour les 18 prochains mois sont de 1,70 Me. Investis début 2021 et sécurisés, ils représentent une fenêtre sur du court terme et sont issus de deux sources. Tout d’abord, ce sont les différents plans France Relance de l’État, comme ceux de l’électronique et de l’aéronautique. Nous avons été lauréats pour ce dernier, avec lequel nous avons reçu 336 000 euros. Nous attendons les réponses pour les autres dossiers. Les banques sont l’autre source nous fournissant le complément.

Quels sont les marchés et les produits les plus porteurs chez Egide ?

Éric Delmas Cette dernière décennie, notre croissance était composée de baisses de revenus suivies de remontées. Par rapport à nos marchés familiers comme l’aéronautique, le spatial, la défense, nous nous sommes diversifiés il y a trois ans vers celui des capteurs dans l’industrie, le médical, la robotique, les drones, et, pourquoi pas à terme l’automobile, ou le marché du Lidar. Est également concerné celui des explorations pour les ressources naturelles. Nous avons développé une tech-nologie pour le scellement titane, utilisé dans le médical, ainsi que dans le domaine du forage d’exploration avec des têtes de forage parcourant quelques kilomètres en profondeur. Ces environnements difficiles exigent une protection des composants ; le titane possède des propriétés intéressantes, notamment amagnétiques. Le process a été qualifié en 2020 avec nos premiers clients et pourrait à l’avenir générer plusieurs millions d’euros.

La diversification a concerné le marché du médical, mais aussi celui de la vision nocturne : nous y étions déjà présents pour la défense et autres, mais avec la technologie infrarouge. Nous misons désormais sur l’amplification de lumière, technologie complémentaire, avec des sociétés comme Photonis. Je réitère ma stratégie énoncée il y a trois ans : une vision à moyen et long termes est très importante, mais une à court terme l’est également.

Nous avons cerné des moyens de générer du revenu avec des technologies déjà utilisées pour des marchés immédiats et aussi pour des marchés à moyen terme, avec des développements assez rapides comme avec le titane et des profits dès 2021.

Pour le long terme, l’ambition est de créer des silos de croissance, sans réelles limites. Notre savoir-faire en céramique, en scellement, en dissipation thermique pourra se retrouver dans des marchés inédits comme celui de l’hydrogène propre qui utilise de la céramique dans certains de ses sous-segments.

Le marché du spatial est-il toujours une évidence chez Egide ?

Éric Delmas Il demeure un pilier de notre stratégie avec une volonté de développe-ment accrue, où nous sommes engagés avec la plupart des acteurs mondiaux, surtout européens et américains. Cela est un peu plus délicat avec les pays asiatiques en raison de la nature des liens avec leurs gouvernements. Les 18 derniers mois ont vu un nombre de projets accélérés avec une chaîne logistique complètement remodelée. Auparavant, certains acteurs s’approvisionnaient en Chine pour réduire leurs coûts. Ils y voient désormais un risque et rapatrient leurs fournitures en Europe ou aux États-Unis. La demande croît, et nous sommes peu de fournisseurs dans le monde, notamment pour les radiofréquences. De grands acteurs américains et européens, qui nous boudaient quelquefois pour des raisons de compétitivité en termes de coûts, reviennent vers nous.

“Nous avons élaboré un plan de plusieurs millions d’euros sur cinq ans. ”

S’agit-il d’une transformation en profondeur pour Egide ?

Éric Delmas La culture et l’ambition d’Egide ont grandement changé en trois ans. Nous voulons passer du statut de société traditionnelle française peu moderne à celui de fleuron européen, voire mondial sur certains types de produits à la pointe de la technologie, et devenir un exemple de transformation industrielle à travers Bollène, qui implique l’humain en transformant nos méthodes de travail et la culture du personnel.

L’autre point me concerne davantage. J’ai travaillé à l’étranger pendant une douzaine d’années. J’essaie de rapatrier le meilleur de chaque culture et cette expertise internationale en France. À travers les PME et ETI françaises aidées par le Plan de relance, nous devons prendre conscience de notre chance unique – y compris au niveau mondial –, de bénéficier de ces fonds, à un moment clé de l’histoire économique et industrielle vers l’industrie du futur. Nous avons tous une réelle responsabilité à transformer ces aides en succès en France et en Europe, tout en prenant garde à ne pas les gaspiller.

Ces projets sont certes complexes et demandent des changements de culture radicaux, mais ils sont aussi très stimulants. Il s’agit d’impacter l’outil industriel, mais surtout l’innovation, l’un des piliers de notre stratégie. Nous investissons graduellement dans des développements de briques technologiques pour différencier nos produits. Nous passons d’un mode où nous étions probablement plus réactifs il y a dix ans à un autre, où nous allons progressivement proposer à des clients des briques de solutions de demain et composer avec leurs idées.

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