Les deux jambes d’Intel

Le 02/02/2026 à 6:39 par Frédéric Rémond

Longtemps resté numéro un mondial des semi-conducteurs, Intel pourrait être déjà tombé à la cinquième place, loin derrière Nvidia mais aussi Samsung, SK hynix et Broadcom qui, tous, profitent de leurs positions quasi-monopolistiques sur les composants destinés aux centres de données et à l’IA. La firme de Santa Clara se trouve donc face à un choix cornélien : essayer elle aussi de tirer un maximum de profit de cette manne de l’IA, ou bien continuer de marcher sur ses deux jambes en lançant ses Panther Lake et Nova Lake à la reconquête de parts de marché dans les PC grand public.

Pour l’heure, la balance penche clairement du côté DCAI (data centers & AI) : « là où c’est possible, nous orientons notre capacité de production interne en direction des centres de données, et compensons au moyen de fonderies externes pour les puces grand public », a reconnu le CFO d’Intel Dave Zinsner à l’occasion des derniers résultats financiers de l’Américain. Car à chaque fois qu’Intel ne peut livrer un processeur Xeon, AMD vend un processeur Epyc…

Il faut dire que les activités DCAI et CCG (client computing group) suivent des tendances opposées : la première a encore progressé de 9% en un an lors du dernier trimestre, quand la seconde déclinait de 7%. Délaisser le grand public s’inscrirait d’ailleurs dans une tendance générale : Micron vient ainsi d’abandonner sa marque historique de mémoires pour PC Crucial, les autres fabricants de mémoires privilégient tous la production de modèles HBM pour serveurs ce qui fait grimper les prix des Dram (et Nand) grand public, et Nvidia se montre bien plus intéressé par les GPU dédiés à l’IA que par les cartes graphiques pour gamers. Tout cela tend à augmenter le prix des PC et donc à réduire leurs ventes ; logiquement, cela n’incite guère Intel à y concentrer ses forces.

Cependant, les ventes du groupe CCG pèsent encore près de deux fois plus lourd que celles du DCAI. Et ce n’est pas comme si l’activité fonderie d’Intel rencontrait le moindre succès afin d’apporter une troisième source de revenu à l’Américain, qui a déjà fort à faire pour augmenter les rendements de son process 18A et pour initier la production du 14A dans le calendrier prévu. L’arbitrage reste, donc, délicat pour Intel.

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